En séance publique

1. Questions posées par des conseillers communaux.

2. Circulation : modifications définitives du règlement de la circulation – règlements temporaires - confirmation de règlements temporaires - décision.

3. Conventions : approbation.

4. Devis de travaux : approbation

  • Réaménagement de la rue Nicolas Steffen Pierret  ;
  • Projet relatif au renouvellement du captage d'eau potable S04 à Siweburen  ;

5. Urbanisme : décision.

  • Modification ponctuelle du PAP “Rue Joseph Hansen” (procédure allégée)  ;
  • Classement comme patrimoine culturel national de l'immeuble sis 84, avenue du Dix  ;Septembre  ;
  • Classement comme patrimoine culturel national de l'immeuble sis 30, rue de la Poste (Café  ;"Um Piquet")  ;
  • Lotissements de terrains (art. 29 loi aménagement communal)  ;

6. Plan pluriannuel de financement – présentation.

7. Octroi de subsides extraordinaires – décision.

8. Affaires judiciaires : autorisations d’ester en justice - décision.

9. Créations/Suppressions de postes : décision.

En séance non publique

10. Office social : affaires de personnel – avis.

11. Affaires de personnel : - décision.

Retransmission en direct des séances

Consultez la vidéo de cette séance.

Rapport analytique

Le compte rendu analytique reprend les discussions tenues et les décisions prises par le conseil communal et constitue un outil d’information important pour les citoyens de la capitale qui leur permet de s’informer sur les projets et les mesures susceptibles d’avoir un impact sur leur vie quotidienne.

Le rapport analytique de cette séance sera disponible en temps utile.

Questions posées par les conseilleurs communaux

Déclarations d’un membre du collège échevinal (Question urgente du groupe déi Gréng)

Question urgente de Monsieur François BENOY

Comme de nombreux concitoyens, notamment le président de la Commission des droits de l’homme, je suis indigné par les déclarations inhumaines, racistes, anti-minoritaires, anti-européennes et populistes de Madame l’échevin Beissel, publiées le 23 janvier 2024 dans son émission Riicht eraus sur apart TV, respectivement sur youtube. Sur les ondes de RTL, elle a rajouté le 21 février 2024 des propos sur la restriction de la liberté et contraires à la libre circulation dans l’Union européenne.

Sachant que Riicht eraus est une émission produite en régie propre, préparée à l’avance et validée pour publication, la déclaration « Ech hunn dat esou am Eifer des Gefechts gesot » est peu crédible. Après l’intervention du président du DP (RTL, 21.02.24), Madame l’échevin Beissel s’est excusée de manière peu convaincante en disant : « Ech entschëllege mech, an ech man dat, well dat lo ugeholl gëtt, datt dat soll gemaach ginn. » (Radio 100,7, 20.02.24).

Êtes-vous, Madame le bourgmestre, et tous les autres membres du collège échevinal, d’accord avec ces déclarations? Si oui, dans quelle mesure?

Ne partagez-vous pas, ainsi que les autres membres du collège échevinal, mon avis selon lequel de tels propos sont intolérables pour un membre du collège échevinal de la Ville de Luxembourg?

Êtes-vous intervenue auprès de l’échevin concerné pour dénoncer ce comportement inacceptable?

Le collège échevinal peut-il garantir que de telles déclarations d’un de ses membres ne se reproduisent plus, sachant que l’image de la Ville et de ses représentants politiques est en jeu?

Quelles conséquences le collège échevinal tirera-t-il de cette affaire ?

Réponse de Madame le bourgmestre Lydie Polfer

Le jour où Madame l’échevin Beissel s’est excusée, j’avais eu avec elle une discussion à ce sujet. Connaissant Madame Beissel depuis très longtemps, je suis convaincue que ses excuses étaient sincères. Etant donné que Madame Beissel n’avait parlé ni au nom du collège échevinal, ni au nom de la Ville, ce point était alors clos pour moi quant à la forme.

Concernant le fond de l’affaire, nous avons déjà souvent discuté au sein du conseil communal de la situation existante, qui nous fait des soucis depuis de longues années. Nous sommes très contents que nous venions d’obtenir de l’aide de la part des autorités nationales, une aide que nous avions attendue depuis très longtemps. Personne ne peut nier l’existence de cette problématique. En 2015, un avocat bien connu s’était exprimé à ce sujet en utilisant bien d’autres termes encore. Dans le cadre du procès qui s’en suivait, le tribunal a constaté que « l’instruction menée à l’audience du 1er octobre 2021 a relevé que le problème de la mendicité organisée à Luxembourg-Ville a commencé en 2010 ». Un policier haut en rang « a notamment relevé qu’il s’agit d’une mendicité organisée, comprenant au niveau le plus bas les ramasseurs, puis les chefs qui se trouvent dans les camps en France, à proximité de la frontière luxembourgeoise, et les vrais chefs, qui se trouvent ailleurs. » Il a notamment expliqué « que le problème ne pouvait pas être arrêté sur le terrain à Luxembourg dans la mesure où les personnes s’y trouvant sont envoyées par les vrais chefs et aussitôt remplacées, le cas échéant ». Une autre personne ajoute qu’ « à partir des années 2008 et 2009, une vague de mendiants a submergé la ville de Luxembourg, se manifestant notamment sous une forme de mendicité aggravée ».

Madame Negrini, présidente du syndicat de la Police grand-ducale, a déclaré à ce sujet il y a quelques semaines : « Je pense qu’il existe bien des preuves pour ce type d’infractions [la mendicité agressive]. Ceux qui sont débarqués en ville sont obligés de collecter une certaine sommes, faute de quoi ils risquent d’être davantage maltraités. Cela peut aussi expliquer l’agressivité dont certains font preuve ».

Je ne peux qu’espérer qu’ensemble, nous puissions trouver la compréhension nécessaire pour lutter contre la mendicité organisée et ainsi contre la traite des êtres humains. Lors de la prochaine réunion du Comité de prévention communal, nous aurons l’occasion de discuter avec des représentants du Parquet et de la Police grand-ducale des difficultés que rencontrent ces institutions dans cette lutte. Je tiens toutefois à signaler qu’en 2021, un tribunal de Nancy a réussi à condamner dix personnes pour trafic d’êtres humains. Je ne peux donc qu’espérer que toutes les institutions compétentes parviendront, dans un effort commun, à mieux gérer ce problème, qui est malheureusement une réalité.

Je ne peux pas garantir que plus jamais un membre du collège échevinal ou du conseil communal ne tienne des propos qui pourraient choquer d’autres personnes. Je tiens à souligner que l’avocat qui avait été poursuivi du chef de ses propos a été acquitté en première et en deuxième instance. J’espère que tous les membres de cette assemblée sont toujours conscients de ce que fait l’un ou l’autre de ses propres collègues. Je tiens à signaler que le Code pénal interdit les faux témoignages. Avant de faire des déclarations en public, il faut se demander si l’on tient toujours compte du Code pénal et du Code civil.

Déclarations d’un membre du collège échevinal (Question urgente des groupes LSAP et déi Lénk)

« Madame la Bourgmestre,

Compte tenu du caractère urgent de la question, en raison de l’actualité et de la portée des déclarations, nous vous prions de bien vouloir ajouter à l’ordre du jour du prochain conseil communal nos questions aux questions urgentes, conformément à l’article 9 du règlement d’ordre intérieur du Conseil communal.

Il y a quatre semaines, l’échevine DP Simone Beissel a tenu des propos racistes, anti-cigitale, discriminatoires et erronés dans le cadre de sa propre émission "Riicht eraus". Propos pour lesquels Madame Beissel s’est excusée sur Facebook à la suite d’une indignation générale déclenchée dans les médias sociaux. Ses excuses se sont toutefois limitées au fait qu’elle avait choisi le mauvais ton, que les mots pouvaient être perçus comme inappropriés et qu’elle avait dit tout cela "dans le feu de l’action".

Il est clair, au moins depuis l’interview du lendemain sur RTL, que les excuses présentées n’étaient manifestement pas à la base du problème fondamental des déclarations basées sur la xénophobie, la discrimination et la déshumanisation.

Car ici, dans le contexte d’une "excuse", Mme Beissel n’a fait preuve ni de remords ni de discernement lorsqu’elle s’abaisse à juger des ressortissants de Roumanie sur leur apparence : « Madamm Lemmer, Dir gitt jo bestëmmt och duerch d’Stad, Dir gesitt op 30 Meter, wat fir e Genre Leit do um Buedem setzen, wéi déi sech behuelen a wéi se ebe sinn. »

Vient ensuite sa propre vision, très inquiétante, de la privation de liberté et, surtout, son point de vue sur la libre circulation des Européens et l’ouverture des frontières au sein de l’UE, et ce en tant que vice-présidente du Comité des régions : « De Problem ass just, dass mir keng Infrastrukture méi hunn, wann si (d’Police) de Leit soen, hei, dir musst hei fortgoen; fréier hate mir an all Kommissariat Zelle wou se provisoresch mol eng Stonn hibruecht konnte ginn, fir dass emol kéint kucken… an déi Kommissariater hu mir net méi genuch, där ginn elo neigemaach... an da muss ee kucke, setze mir se op d’Grenz, a vu dass d’Grenzen op sinn ass de Problem, dass se erëm direkt do sinn. »

Très alarmés par ces déclarations d’une échevine du conseil communal de la ville, nous souhaitons vous poser les questions suivantes :

• Le collège échevinal soutient-il ces déclarations d’un de ses membres ? Tant celles qui ont été faites dans le cadre de l’émission "Riicht eraus" que celles qui ont été faites dans le cadre de l’interview sur RTL ?

• Le collège échevinal est-il d’avis que l’on pourrait/devrait avoir le droit de mettre quelqu’un en cellule s’il est assis quelque part où il n’est pas le bienvenu ?

• Le collège échevinal partage-t-il l’avis selon lequel un certain groupe de personnes peut être défini et réduit par un certain type de comportement ?

• Est-ce que le collège échevinal estime que les citoyens de l’UE mendiants devraient pouvoir être conduits à la frontière et expulsés sans autre forme de procédure s’ils se trouvent devant des entrées d’immeubles ? Le collège échevinal estime-t-il que l’ouverture des frontières au sein de l’UE ne soit valable que pour certains Européens ?

Nous vous prions d’agréer, Madame la Bourgmestre, l’expression de nos meilleures salutations.

Afonso Antonia, Boisanté Gabriel, Miltgen Maxime - Stater Sozialisten

Nathalie Oberweis - déi Lénk Stad »

Question de Madame Maxime Miltgen

Depuis la mi-décembre, beaucoup de choses se sont passées et beaucoup a été dit. Malheureusement, l’accent n’est plus mis sur le problème fondamental, à savoir l’accroissement de la pauvreté. Les solutions proposées tendent de plus en plus vers le populisme et vont de la provocation à un discours autoritaire du genre « Nous contre eux » ou « Ce qui nous est propre contre ce qui nous est étranger ». Madame Colette Mart a souligné dans un post Facebook que cela risque de détruire nos chances d’aborder ensemble les problèmes existants. Il ne s’agit plus seulement de l’interdiction de la mendicité, mais du fait qu’en tant que société, nous risquons de glisser dans une direction dangereuse. Dans le discours politique, il y a des mots et des déclarations qui auraient été impensables il y a dix ans et qui commencent à devenir la norme. Certains hommes politiques du centre adoptent discrètement un discours qui, il y a quelques années, était réservé aux partis extrêmes. Pourquoi ? Parce que ce discours est la garantie de susciter des émotions, de diviser la société et, surtout, de détourner l’attention des vrais problèmes que nos partis – et je n’exclus pas le LSAP – n’ont pas réussi à résoudre. Nous glissons vers un discours dangereux parce que nous voulons cacher notre incapacité à résoudre les nombreux problèmes réels, qu’il s’agisse du manque de logements abordables, de l’augmentation de la pauvreté (avec 20 % de working poor), de l’écart entre les riches et les pauvres, de l’énorme consommation de ressources, du changement climatique, etc. C’est pourquoi nous nous occupons de plus en plus de problèmes fictifs.

Dans le débat, on accepte que des problèmes fondamentaux ne soient pas résolus et que la cohésion sociale s’affaiblisse de plus en plus, jusqu’au point d’éclater. C’est pourquoi il est important de se poser des questions et de prendre clairement position. Car même sans intention malveillante, certaines déclarations comme celles faites dans le cadre de l’émission « Riicht eraus » et d’une interview sur RTL (il était notamment question de « duerchfidderen » et il a été déclaré qu’ « on voit à 30 mètres quel genre de personnes sont assises par terre, comment elles se comportent et ‘wéi se ebe sinn’ ») peuvent nuire à notre État de droit, être blessantes et discriminatoires et avoir pour conséquence de renforcer des forces politiques dangereuses.

Question de Madame Nathalie Oberweis

La ville appartient à tout le monde. Les personnes assises dans la rue font également partie de la ville, tout comme les personnes qui traversent chaque jour la frontière pour se rendre au Luxembourg – dans un certain sens, elles sont également des frontaliers. Les déclarations méprisantes d’une responsable politique de la Ville de Luxembourg sont inacceptables. D’ailleurs, les déclarations faites par certaines personnes ne sont plus vraiment discrètes. Je suis également d’avis que les excuses de Madame l’échevin Beissel étaient plutôt en demi-teinte. Le problème réside dans les opinions racistes sous-jacentes : dire qu’un certain groupe de personnes présente certaines caractéristiques et se comporte d’une certaine manière est la définition centrale du racisme. Cela m’a choquée, comme beaucoup d’autres personnes. Nous voulons que le collège échevinal nous dise s’il se distancie de ces opinions racistes. Je me demande si certaines décisions, comme l’interdiction de la mendicité, ne sont pas également basées sur de telles opinions racistes. Cela m’inquiète vraiment.

Réponse de Madame le bourgmestre Lydie Polfer

Je voudrais tout de suite répondre à l’accusation selon laquelle le discours sur la mendicité serait basé sur des considérations racistes. Je propose à l’opposition, et notamment à nos amis du groupe déi Gréng, de s’adresser à l’ancien ministre de la police, Monsieur François Bausch, pour lui demander quelles étaient ses motivations à l’époque lorsqu’il a déposé, le 23 octobre 2023, un projet de loi sur la sécurité. La préoccupation en soi est tout à fait légitime, car il est vrai que cette ville appartient à beaucoup de gens – mais elle appartient aussi aux gens qui ne veulent pas avoir peur de se promener dans les rues. Le projet de loi mentionné porte sur la sécurité, l’ordre public et la vidéosurveillance dans les trains, les bus et le tramway. L’article 7 du projet de loi stipule que « Seules les sanctions administratives peuvent être prévues par le ministre pour les faits suivants : […] 14. Le fait de mendier. » Il n’y est donc pas question de mendicité organisée ou agressive, mais de mendicité en général. Lorsque M. Bausch était ministre de la Police, nous avons eu une très bonne collaboration et il a réussi à faire voter en juillet 2022 la loi permettant à la police d’intervenir lorsque des personnes dorment dans les entrées d’immeubles. La loi est extrêmement claire – l’exécution l’est moins. Les mesures ne visent pas un groupe particulier de personnes, mais sont basées sur des faits : on m’a transmis au moins deux kilos de documents et de photos de réclamations. Ceux qui peuvent tenter d’encadrer efficacement cette situation – car nous ne la maîtriserons probablement jamais totalement – sont nos institutions nationales. Et pour cela nous avons des lois. Ce n’est d’ailleurs pas le collège échevinal ou le bourgmestre qui peut faire en sorte qu’une personne soit placée temporairement en cellule, mais la police, et ce dans les cas suivants : « La police peut procéder à la mise en détention administrative d’une personne majeure qui compromet l’ordre public ou qui constitue un danger pour elle-même ou pour autrui et en avise immédiatement le ministre ou son délégué ». (art. 14 de la loi du 18 juillet 2018 sur la Police grand-ducale).

En ce qui concerne la question de savoir si le collège échevinal est d’avis qu’il devrait être possible d’expulser des personnes du territoire national : ce n’est pas la commune qui décide si une personne séjourne légalement au Luxembourg ou non. L’article 6 de la loi du 29 août 2008 portant sur la libre circulation des personnes et l’immigration dispose que: « (1) Le citoyen de l’Union a le droit de séjourner sur le territoire pour une durée de plus de trois mois s’il satisfait à l’une des conditions suivantes:

1. il exerce en tant que travailleur une activité salariée ou une activité indépendante;

2. il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés à l’article 12, de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d’assistance sociale, ainsi que d’une assurance maladie […] ». Comme je l’ai dit, cette loi date de 2008 et n’est donc pas très ancienne. L’article 25 de la loi dispose que : « (1) En cas de non-respect des conditions visées à l’article 24, paragraphes (1) et (2) ou en cas d’abus de droit ou de fraude, le citoyen de l’Union et les membres de sa famille peuvent faire l’objet d’une décision de refus de séjour, d’un refus de délivrance ou de renouvellement d’une carte de séjour ou d’un retrait de celle-ci et, le cas échéant d’une décision d’éloignement. » Voilà pour la situation juridique.

Je voudrais souligner qu’aucune autre commune du pays ne fait autant que la Ville de Luxembourg pour aider les personnes sans domicile fixe ou qui se trouvent dans une situation financière ou humaine difficile. Je ne citerai que le « Bistrot Courage » à Bonnevoie et le « Bistrot social » à la rue Willy Goergen – deux exemples de projets où l’idée est venue de la Ville, où la Ville a pris l’initiative. C’est la Ville qui a mis des locaux à la disposition des associations qui gèrent ces structures, et c’est la Ville qui paie le personnel qui s’occupe chaque jour des clients. Malheureusement, on fait souvent comme si ces offres émanaient des associations respectives. La Ville a lancé une multitude de projets en faveur des sans-abris. Nous ne pouvons donc pas être accusés de rester inactifs. Nous poursuivrons nos efforts pour mieux gérer les situations qui ont dégénéré.

Liberté d’expression et de la presse

Question de Madame Christa Brömmel

Depuis quelques années, des rumeurs circulent, disant que la Ville de Luxembourg interdit à ses partenaires conventionnés de parler ouvertement aux journalistes ou de prendre position sur des questions politiques. Mon étonnement fut grand quand, dans un reportage sur l’impact de l’interdiction de la mendicité sur les personnes sans abri, diffusé le 22 janvier à 08h22 à la radio 100.7, la journaliste disait : « Je ne suis pas autorisée à lui parler seul [= à l’éducateur, M. Vujovic]. Monsieur Christopher [Christof] Mann et Madame Corinne Cahen sont présents. Nous restons assis à l’intérieur, car en tant que journaliste, je ne suis pas autorisée à accompagner les travailleurs de rue sur le terrain. Cela pour protéger la vie privée des gens. L’ambiance dans la pièce est tendue et, au plus tard au moment où je pose mon micro sur la table, on sent l’épaisseur de l’air dans la pièce. Maintenant, personne ne veut dire quelque chose de mal. »

Personne ne doute de la nécessité d’accorder une certaine attention au respect de la sphère privée des personnes vulnérables et de leur relation avec les professionnels du Service Streetwork. Cependant, l’échange entre la journaliste et le professionnel, à la limite en présence d’un représentant de la direction concernée respectivement du service presse, paraît être tout à fait dans l’intérêt légitime d’un journaliste. La présence d’un échevin ou du chef de service peut être ressentie par les participants comme une intimidation ou une entrave, respectivement une restriction à la libre expression des personnes concernées et au travail indépendant de la presse.

  • Le collège échevinal peut-il confirmer que la Ville ait refusé à la journaliste de parler seule à l’éducateur salarié de l’association InterActions ?
  • Si oui, estimez-vous que ce refus soit en accord avec la liberté de la presse ?
  • Une éventuelle interdiction de parler à la presse est-elle spécifiée dans les conventions qui règlent la collaboration entre la Ville et des acteurs non-étatiques du secteur social, respectivement ces acteurs sont-ils invités formellement ou informellement à ne pas parler aux journalistes ou à d’autres personnes ?
  • Qu’en est-il d’autres domaines dans lesquels la Ville a conclu des conventions avec des associations (culture, sports, domaine éducatif, etc.), et des fonctionnaires et employés de la commune ?
  • Le collège échevinal entend-il mettre fin à cette pratique qui entrave le rôle de la presse et est contraire à l’esprit de l’article 23 de la Constitution, qui garantit la libre expression et la liberté de la presse?

Réponse de Madame l’échevin Corinne Cahen

J’étais surprise du contenu de ce reportage, car je n’avais pas eu l’impression qu’il y ait eu une atmosphère lourde. Je voudrais préciser que la directrice d’InterActions a également assisté à cet entretien. Il s’agissait d’une discussion tout à fait normale. Le Service Communication et Relations publiques m’a informée qu’il estime que la présence d’un responsable politique est nécessaire au cas où une question d’ordre politique serait posée. En tant qu’ancienne journaliste, je comprends tout à fait votre souci. J’ai dit au service compétent qu’à l’avenir, je ne serais présente que si ma présence était expressément demandée par le journaliste respectif. Madame la conseillère Brömmel a souligné à juste titre que le travail sur le terrain est un sujet très sensible. Il nous a préoccupés quand j’étais ministre de la Famille, et il nous préoccupe toujours. Il n’est interdit à aucun journaliste de parler avec les travailleurs de rue. Nous avons seulement demandé à ces derniers de ne pas faire leurs tournées en compagnie d’un journaliste, car cela risque de miner durablement la relation de confiance entre le client et le travailleur de rue, qui a souvent mis beaucoup de temps à s’établir.

Lutte contre le sans-abrisme

Question de Madame Maxime Miltgen

La pauvreté et le sans-abrisme sont en croissance à Luxembourg-Ville. La Ville est confrontée à la triste réalité que de plus en plus de personnes doivent vivre dans la rue. Pour citer Madame le bourgmestre dans ce contexte : « Il y a des moyens bien plus respectueux que de laisser des gens dans la rue ». En même temps, Madame le bourgmestre souligne que « notre offre est énorme, nous avons énormément de structures d’accueil, mais il y a un certain nombre de personnes qui ont besoin d’une aide psychiatrique et médicale, et pourtant des lits sont disponibles chaque nuit. Nous pouvons offrir quelque chose aux gens, mais ils doivent aussi vouloir l’accepter ». Ou encore : « Nous avons affaire à des personnes qui ne veulent pas accepter d’aide ».

Interrogées sur des déclarations de ce genre, de nombreuses personnes concernées indiquent qu’il y a différentes raisons pour lesquelles elles ne veulent pas aller dans un centre d’hébergement d’urgence. A titre d’exemple, je voudrais citer le témoignage de Michelle sur RTL, qui parle en son nom et de ses amis et explique les raisons pour lesquelles le groupe préfère dormir dans la rue plutôt que dans une structure de la Wanteraktioun : « (...) Les uns sont un peu plus propres, d’autres sont vraiment plutôt dégoûtants. On ne veut vraiment rien avoir à faire avec qui que ce soit là-bas. Et puis il y a ceux qui sont vraiment très dépendants de la drogue, ceux qui ne font vraiment plus attention à rien, et ce n’est pas si agréable pour les autres. C’est exactement ce qui se passe dans des endroits comme celui-là. Et je me tiens loin de cela, par exemple. »

Les constatations de Madame le bourgmestre et les témoignages des personnes concernées peuvent mener à la conclusion que les structures d’aide existantes ne constituent pas une aide appropriée pour toutes les personnes concernées.

C’est également la conclusion d’un rapport de synthèse de la Commission européenne sur le programme housing first, qui indique que « la prise en charge des sans-abris chroniques par des mécanismes traditionnels s’est avérée moins efficace ». Le groupe housing first présentait un taux élevé de maintien dans le logement après un an (93 %).

  • Comme le rapport de synthèse de la Commission européenne montre que différents projets pilotes dans l’UE portent leurs fruits et présentent un taux de maintien dans le logement très élevé, que le modèle finlandais connaît un grand succès et que ce modèle répond parfaitement à l’exigence de Madame le bourgmestre « d’une manière plus respectueuse que de vivre dans la rue » : la Ville veut-elle mettre en œuvre le modèle du housing first à grande échelle ?
  • La Ville a-t-elle déjà son propre programme housing first et si oui, de combien d’unités de logement s’agit-il?
  • Si non, est-ce que de tels projets sont en cours de planification, et si oui, quand pourrait-on s’attendre à leur présentation ?
  • Si non, y a-t-il un ou plusieurs projets sur le territoire de la ville dans le cadre du projet housing first du ministère de la Famille, et existe-t-il une collaboration entre la commune et le ministère ? Y aurait-il une possibilité de travailler en parallèle sur des projets propres afin de résoudre plus rapidement la situation précaire de nombreuses personnes ?

Réponse de Madame l’échevin Corinne Cahen

Madame la conseillère Miltgen a souligné à juste titre que le plus important pour les sans-abris, c’est d’avoir un chez-soi. La Ville et ses partenaires du secteur social proposent déjà une offre de logements très large et variée. Certains de ces logements correspondent exactement à la définition du housing first, tandis que d’autres sont très proches de ce type de logements, à la différence près que certains bâtiments disposent d’une cuisine commune.

Je voudrais rappeler que les logements de type housing first sont mis à la disposition des personnes concernées – qui ne doivent pas remplir d’autres conditions que de disposer de droits sociaux au Luxembourg – sans qu’il leur soit demandé d’arrêter de consommer de la drogue ou de l’alcool ou de gérer leurs problèmes psychiatriques.

Il existe une structure, gérée par le CNDS (Comité national de défense sociale), qui comprend exclusivement des logements de type housing first. Une enquête a permis de constater que les problèmes de dépendance des clients ont fortement diminué depuis leur séjour dans un tel logement.

Madame la conseillère Miltgen a mentionné à juste titre le modèle finlandais, qui joue un rôle de modèle et auquel la Ville doit s’inspirer.

La Ville dispose de centaines de chambres, p.ex. 105 chambres meublées, les logements du projet « Les niches », une soixantaine de lits dans le cadre du projet « Les chronifiés » de la Caritas, etc.

Il existe différents niveaux de logements housing first. Certaines personnes n’ont plus besoin du tout d’un encadrement, alors que d’autres clients ont besoin de l’aide d’un éducateur ou d’un assistant social. Dans le cadre du projet « Les niches », l’association « Jugend- an Drogenhëllef » gère une centaine de logements où habitent des personnes qui étaient toxicomanes, le sont encore ou participent au programme de méthadone, et qui ont besoin d’un suivi.

Le collège échevinal a la volonté claire de créer davantage de logements housing first, notamment en les intégrant dans les grands projets de construction, afin de répartir ces logements sur le territoire de la capitale et de favoriser l’inclusion sociale des personnes concernées.

Je connais depuis longtemps la personne sans-abri mentionnée par Madame la conseillère Miltgen, et j’ai un bon contact avec elle. Elle n’était pas prête à dormir dans une structure de la Wanteraktioun en raison des règles qu’il faut y respecter. Je peux vous informer que la Ville de Luxembourg a réussi à trouver une solution pour elle et ses trois amis. Ils habitent maintenant dans un bâtiment que nous avons mis à leur disposition, à condition que les voisins n’aient pas de raison de se plaindre. Nous avons pris la décision de tenter ce projet, sachant que les personnes concernées veulent elles aussi vivre en paix et en tranquillité.

Il y a aussi de bonnes nouvelles concernant un homme qui a dormi pendant des années dans un abribus près de la cathédrale. Il a fallu des années pour qu’il accepte l’aide des travailleurs de rue, mais finalement, il s’est laissé convaincre d’emménager dans un logement housing first. Depuis, il a retrouvé une vie totalement autonome.

Réponse de Madame le bourgmestre Lydie Polfer

Nous reviendrons sur ce sujet dans le cadre de la Commission de l’action sociale, de l’inclusion et des personnes âgées. En ce qui concerne la question relative à la procédure à suivre lorsque des fonctionnaires de la Ville sont interpellés par la presse, nous n’avons jamais eu de problème à ce sujet. Comme vous le savez, la Ville dispose d’un grand Service Communication et Relations publiques qui, en cas de demande de la part de journalistes, se charge d’obtenir les informations nécessaires auprès des services compétents et de les transmettre le plus rapidement possible. Lorsqu’il s’agit de questions politiques, le collège échevinal prend lui-même position, puisqu’il en assume la responsabilité politique. Nous répondons également aux questions de toutes sortes des journalistes lors du City Breakfast mensuel.

L'article 13, alinéa 3 de la loi communale concerne le droit d'initiative qui appartient à chaque membre du conseil communal, agissant individuellement, de faire ajouter à l'ordre du jour arrêté par le collège échevinal une ou plusieurs propositions dont ce membre veut saisir le conseil communal.

Toute proposition de ce genre doit être présentée moyennant une demande écrite et motivée au bourgmestre, au moins trois jours avant la réunion du conseil communal.