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Voyage à travers le cinéma poétique

 « Le cinéma est le plus puissant moyen de poésie. » (Jean Epstein)

« In the total darkness, poetry is still there, and it is there for you. » (Abbas Kiarostami)

« La langue de la poésie est celle où l’on sent la caméra, de même que dans la poésie proprement dite on sent immédiatement les éléments grammaticaux en fonction poétique ; alors que dans la langue de la prose on ne sent pas la caméra, c’est-à-dire qu’en effet on ne sent pas l’effort stylistique comme exprimé, que la présence de l’auteur n’y est pas apparente. (…) Il est inévitable que dans le ‘cinéma de poésie’, le récit tende à disparaître. (…) Il est clair que dans le ‘cinéma de poésie’, l’auteur tend à écrire des poésies, des poésies cinématographiques et non plus des récits cinématographiques. Il y a alors valorisation de la poésie, jusqu’ici poésie de la forme et du style. Le « cinéma de poésie » a pour fin dernière d’écrire des récits où le protagoniste est le style, plus que les choses ou les faits » (Pier Paolo Pasolini, cinema di poesia)

 « C’est drôle comme des mots peuvent resurgir quand on s’y attend le moins. Il y a quelques années, on n’aurait jamais osé employer le mot ‘poétique’ : trop galvaudé, sucré, mièvre, désuet. Sa force éruptive était renvoyée au passé. Mais Holy Motors de Leos Carax, tout autant qu’Oncle Boonmee d’Apichatpong Weerasethakul, nous met le nez dedans : cette absolue liberté de la narration, ces tête-à-queue, ces naissances de monstres, ces événements mystérieux, ce rythme de rêve, ces jours et ces nuits dans la ville ou dans la forêt, cette absolue imprévisibilité des choses, pourquoi ne pas les appeler poétiques ? Car ces films se souviennent d’une vieille idée qui n’a hélas plus cours : on peut entrer dans une salle de cinéma comme dans un rêve… » (Stéphane Delorme, Cahiers du Cinéma)

Les séances de la rétrospective

Ciné-conférence: Un cinéma poétique (+La Chute de la maison Usher)

Ma  12 | 11       à 20h30

Ciné-conférence : « Un cinéma poétique » par Nadja Cohen (organisatrice du colloque qui s’est tenu à l’université KU Leuven et à la Cinematek de Bruxelles en février 2019)

En langue française | extraits de films | environ  40‘

Suivie de la projection de :

La Chute de la maison Usher

France 1928 | int.fr.+ ang. | 63’ | De : Jean Epstein | Avec : Jean Debucourt, Marguerite Gance, Charles Lamy, Abel Gance | D'après : la nouvelle éponyme d’E.A. Poe

restauration numérique effectuée par la Cinémathèque Française en 2013 avec accompagnement musical synchronisé orchestré par Gabriel Thibaudeau

Appelé au secours par son ami Roderick Usher, Allen vient le retrouver dans sa maison, déprimante et délabrée. Là, Roderick peint avec ardeur des portraits de sa femme Madeleine, qui meurt de langueur…

Epstein, cinéaste mais aussi théoricien et philosophe fut l’un des pionniers en France – avec Gance et L’Herbier – d’un cinéma de plasticien reposant sur l’expressivité des images, l’inventeur d’un langage cinématographique considéré comme un art poétique.

C’est tout l’univers fantastique et morbide de Poe qui est suggéré : images cadrées sous un angle inhabituel, gros plans sur les objets ou sur les visages, ralentis, travellings et surimpressions. Epstein, représentant de l’avant-garde française des années 20, arrive à donner l’impression d’un temps étrangement étiré, presque suspendu, où la vie reflue lentement, comme elle se retire du visage de l’héroïne. A mi-chemin entre poème onirique et conte expressionniste.

La Belle et la Bête

Je   14 | 11       à 20h30
Me  27 | 11       à 18h30

France 1946 | vo | 96’ | De : Jean Cocteau, René Clément | Avec : Jean Marais, Josette Day, Mila Parély, Michel Auclair  | D'après : le conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont | Prix Louis-Delluc, 1946

Pour l'offrir à sa fille, le père de la Belle cueille, sans le savoir, une rose appartenant au jardin de la Bête, qui s'en offense. Afin de sauver son père, la Belle accepte de partir vivre au château de la Bête…

Jean Cocteau ne s’est jamais considéré comme un cinéaste, mais plutôt comme un poète. Il utilisa cette vieille fable comme exutoire à ses élans créatifs les plus étranges et les plus fabuleux. (…) Le château fonctionne à la fois comme métaphore du processus créatif en lui-même et comme prétexte à d’innombrables images poético-freudiennes.

La Ville des pirates

Lu   11 | 11       à 21h00
Je   21 | 11       à 18h30

France-Portugal 1983 | vo | 111’ | c | De : Raoul Ruiz | Avec : Hugues Quester, Anne Alvaro, Melvil Poupaud, João Bénard da Costa 

Une femme et un enfant meurtrier sont prisonniers, sur une ile déserte, d’un homme protéiforme…

La Ville des pirates est d’abord, et dès l’abord, un choc d’images : à chaque image, la prise de vues, la lumière, le premier plan, le décor, les couleurs se transforment. Raoul Ruiz est une imagination poético-visuelle exceptionnelle à l’œuvre. A chaque plan se croisent plusieurs mythes, plusieurs obsessions, plusieurs symboles. (…) Un film à la mesure de son auteur : celle du génie.

Nostalghia

Me  20 | 11       à 18h30
Ma  26 | 11       à 20h30

Italie-URSS 1983 | vostf | 125’ | c | De : Andreï Tarkovski | Avec :  Oleg Yankovskiy, Erland Josephson, Domiziana Giordano | Prix du Meilleur réalisateur, Prix FIPRESCI, Prix OCIC, Festival de Cannes 1983

Gortchakov, un écrivain russe, suit les traces d’un compatriote musicien exilé en Italie au XVIIIe siècle, dont il désire écrire une biographie. Il parcourt ainsi l’Italie du Nord, en compagnie d’Eugenia, une traductrice…

.. la liaison et la logique poétique au cinéma, voilà ce qui m’intéresse. Et n’est-ce pas ce qui convient le mieux au cinéma, de tous les arts celui qui a la plus grande capacité de vérité et de poésie ?

Dead Man

Ma  19 | 11       à 18h30
Je   28 | 11       à 20h45

USA-Allemagne-Japon 1995 | vostf | 120’ | De : Jim Jarmusch | Avec : Johnny Depp, Gary Farmer, Crispin Glover, Lance Henriksen, John Hurt, Robert Mitchum, Iggy Popp, Gabriel Byrne | Screen International Award (J. Jarmusch), European Film Awards 1996

William Blake prend le train vers l’Ouest pour y exercer le métier de comptable. Accusé à tort d’un double meurtre, il prend la fuite, une balle logée près du cœur. Accompagné de Nobody, un Indien cultivé qui le prend pour le poète anglais William Blake, il s’engage dans un périple à travers l’Ouest sauvage… 

Il n’est pas exagéré d’affirmer que la poésie a davantage marqué le travail de Jarmusch que la prose romanesque. Dead Man est ponctué de citations du célèbre poète romantique William Blake, et le film est en fait construit comme un film-poème épique avec des effets de rime.

Dans cette odyssée hallucinée d’un petit comptable au pays de la violence, Jarmusch fait l’éloge de la lenteur, choisit un rythme et un point de vue purement indiens. Le film est traversé de visions sous psychotropes, et adopte une forme épisodique qui lui permet d’accueillir une pléiade d’acteurs fabuleux. (…) Jarmusch a réussi son Apocalypse Now miniature, son Aguirre version road movie.

Le Vent nous emportera

Ma  19 | 11       à 20h45

Bad ma ra khahad bord Iran-France 1999 | vostf+all | 118’ | c | De : Abbas Kiarostami | Avec : Behzad Borani, Noghre Asadi, Rousham Karan Eldi, Bahman Ghobadi | Grand Prix spécial du jury, Prix FIPRESCI, Festival de Venise 1999

Sarah Dareh est un village reculé du Kurdistan iranien. C’est là qu’arrive un jour Bezhad, venu de Téhéran accompagné de deux collègues. Il prétend qu’ils sont à la recherche d’un trésor…

Le film est un magnifique poème avec ses rimes, ses itérations, ses images lumineuses éclatant d’une pure beauté. On reste dans le doute, l’énigmatique, le réalisateur nous laissant le soin de reconstruire l’intrigue, semant quelques indices ici ou là.

Japón

Lu   18 | 11       à 20h30
Je   28 | 11       à 18h30

Mexique 2002 | vostf+all | 130’ | c | De : Carlos Reygadas | Avec : Alejandro Ferretis, Magdalena Flores, Yolanda Villa, Martin Serrano | Caméra d’or, Festival de Cannes 2002  

Fatigué de vivre, un citadin quinquagénaire part dans les montagnes mexicaines pour se suicider. Dans un canyon perdu, il trouve un logement chez une vieille paysanne métisse qui va progressivement le ramener à la vie…

Premier film d'un cinéaste autodidacte, Japón est un choc esthétique et métaphysique. Tourné en Cinémascope, dans une lenteur intense et hiératique, attentif aux détails visuels (ces panoramiques à 360° et ces couleurs délavées !) et sonores, Japón est un grand bain sensoriel, un objet hypnotique et lyrique qui nous remet en contact avec la nature, les éléments, le ciel et la lumière, une humanité et une sexualité originelles. Un poème audacieux sur la mort et la renaissance qui évoque autant Tarkovski que Leone.

Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures)

Je   21 | 11       à 20h30
Ma  26 | 11       à 18h30

Loong Boonmee raleuk chat Thailande-GB-France-All. 2010 | vostf+all | 114’ | c | De : Apichatpong Weerasethakul | Avec : Thanapat Saisaymar, Jenjira Pongpas, Sakda Kaewbuadee | Palme d’Or, Festival de Cannes 2010

Les apparitions magiques de sa femme défunte et de son fils disparu depuis des années confirment à Oncle Boonmee que sa fin est proche. Dans son domaine apicole, entouré des siens, il se souvient alors de ses vies antérieures…

Une émouvante leçon de spiritualité et aventure humaine hors du commun. Son propos et sa mise en scène, hypnotiques mais limpides, marquent la différence entre la prose et la poésie.

L’Année dernière à Marienbad

Ma  03 | 12       à 21h00
Me  18 | 12       à 18h30

France-Italie 1961 | vo | 94’ | De : Alain Resnais | Avec : Delphine Seyrig, Giorgio Albertazzi, Sacha Pitoëff | Lion d’Or, Festival de Venise 1961; Prix de la critique française 1961

Dans un grand hôtel labyrinthique, un homme tente de convaincre une femme qu’ils ont eu une liaison l’année dernière à Marienbad…

Bouleversant la narration classique, le passé se mêle au présent, le phantasme à la réalité, le mensonge à la vérité, au fil d’une superbe liturgie poétique des images et des mots.

L’Evangile selon saint Matthieu

Me  04 | 12       à 20h30

Il vangelo secondo Matteo Italie-France 1964 | vostf | 137’ | De : Pier Paolo Pasolini | Avec : Enrique Irazoqui, Margherita Caruso, Susanna Pasolini | Prix spécial du Jury, Prix OCIC, Festival de Venise 1964

Les différents épisodes de la vie terrestre de Jésus contés suivant le texte de l’évangéliste…

La vie de Jésus n’aurait engendré qu’une série de croûtes, versant kitsch hollywoodien ou versant catéchisme illustré, si Pasolini n’avait signé en 1964 un chef-d’œuvre, incarné et poétique, politique sans être sacrilège. (…) Pour Pasolini, L’Evangile selon saint Matthieu devient le film-manifeste de ce cinéma de poésie qu’il a déjà approché dans ses premiers essais.

Les Chevaux de feu

Lu   09 | 12       à 20h45
Ma  17 | 12       à 18h30

Tini zabutykh predkiv URSS 1964 | vostf | 97’ | c | De : Sergueï Paradjanov | Avec : Ivan Mykolaichuk, Larisa Kadochnikova, Tatyana Bestayeva | D'après : le récit ‘Les ombres des ancêtres oubliés’ de Mikhaylo Kotsyubinsky | Prix de la mise en scène et  Prix spécial du Jury, Festival de Mar del Plata 1965

Dans les Carpates au 19e siècle, l'amour de deux jeunes gens séparés par la haine que se vouent leurs familles et que seule la mort réunira…

Ecrivain, peintre, poète et cinéaste, Paradjanov traque le geste, l’objet ou l’instant fugace pour leur donner valeur de symbole, sans céder à la démonstration. S’il fut d’ailleurs malmené par les gouvernements soviétiques, c’est bien parce que son œuvre transforme la réalité en vision purement poétique. (…) L’essentiel est de se laisser porter par la fusion panthéiste : les entrelacs de la nature, des sentiments créent, sur l’écran, des sensations magiques.

Mauvais Sang

Je   12 |12        à 20h30

France 1986 | vo | 125’ | c | De : Leos Carax | Avec : Michel Piccoli, Juliette Binoche, Denis Lavant, Julie Delphy | Prix Louis Delluc 1986

Sous l'accablante chaleur dégagée par la comète de Halley, la population parisienne est frappée par un virus tuant ceux qui font l'amour sans s'aimer. Dès lors, deux bandes rivales vont se disputer le germe de ce virus qui devrait permettre de créer un vaccin et sauver la population...

Mauvais Sang donne l’impression d’être à la fois le premier et le dernier film. Création totale où littérature, peinture, BD, rock s’allient dans un mouvement éperdu. Moins l’histoire d’une passion, qu’un éloge convulsif de l’amour qui va vite, de l’absolu qui emplit, ce poème visuel revisite le cinéma muet…

Uzak

Je   05 | 12       à 18h30
Je   19 | 12       à 20h45

Turquie 2002 | vostf | 110’ | c | De : Nuri Bilge Ceylan | Avec : Muzaffer Özdemir,Mehmet Emin Toprak, Zuhal Gencer | Grand Prix du Jury, Prix du Meilleur acteur (Özdemir, Toprak), Festival de Cannes 2003 

Un photographe est persuadé que l'écart entre sa vie et ses idéaux est en train de grandir. Il se retrouve obligé d'accueillir une jeune personne de sa famille, qui a quitté son village pour trouver du travail sur un bateau, dans le but de partir à l'étranger…

…l’inquiétante richesse de la durée et l’irrésistible poésie de la langueur. D’une lenteur visiblement héritée du cinéma de Tarkovski, dont Nuri Bilge Ceylan n’hésite pas à citer l’œuvre,

The Tree of Life

Ma  03 | 12       à 18h30
Ma  17 | 12       à 20h30

USA 2011 | vostf | 139’ | c | De : Terrence Malick | Avec : Brad Pitt, Sean Penn, Jessica Chastain, Tye Sheridan, Fiona Shaw | Palme d’Or, Festival de Cannes 2011 ; Prix FIPRESCI, Festival de San Sebastian 2011

L’histoire d’une famille américaine dans une petite bourgade du Texas dans les années 50…

Plus radicalement que ses précédents films, The Tree of Life se compose comme une œuvre avant tout lyrique, éloignée des trames narratives. Malick réalise des séries d’évocations de la ‘vie’ : de ses principes à son terme. Ce film offre une illustration spectaculaire de ce qui peut tenir lieu de poésie au cinéma, sans forcément se cantonner au ‘cinépoème’ ou aux approches expérimentales. Tout comme Kubrick dans 2001 : A Space Odyssey ou encore Tarkovski, le cinéaste nous incite à nous questionner sur ce que peut poétiquement le cinéma, notamment lorsqu’il s’éloigne du récit.

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Ouverture billetterie : 30 minutes avant les séances

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Dimanche : 15h, 17h et 20h30